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LE BOSS !

14 janvier 2013
Maurice Lévy

Maurice Lévy
Président du Directoire du groupe PUBLICIS
Et Président de l’AFEP

L’homme qui incarne le 3ème groupe mondial de communication globale ainsi que le 1er en communication numérique et interactive semble serein et détendu lorsqu’il s’installe au micro de Fabienne Lissak, (membre de Femmes de com’, ex-journaliste Bloomberg et dircom d’Eurotunnel ) face aux femmes de com’ le 10 décembre 2012.

Le destin de Maurice Lévy est intimement lié à celui de l’entreprise qui n’a connu que deux patrons en 84 ans. Lui et le fondateur Marcel Bleustein-Blanchet qui le nomme comme son successeur en 1987. Il faut dire que Lévy est chez Publicis depuis 40 ans et qu’il préside le Directoire de Publicis Groupe depuis 25 ans.

De la petite agence de publicité parisienne au groupe mondial de communication, il y a un pont construit sur la détermination réfléchie et le goût de l’international de Maurice Lévy qui illustre parfaitement la conviction du journaliste économique Thomas Friedman affirmant dans son livre « The World is Flat », que la planète est un grand village.

Pour preuve, présent sur 5 continents et 104 pays, Publicis et ses 56.000 collaborateurs offrent la quasi totalité des services liés à la communication.

Les résultats de Publicis Groupe, entreprise française qui s’est imposée à l’échelon mondial, semblent appartenir aux années fastes du siècle dernier. Pourtant c’est bien entre 2004 et 2011 dans un contexte planétaire traversé de profonds bouleversements économiques, sociaux, technologiques, politiques… que le chiffre d’affaires a été multiplié par 10, le résultat net par 26 et la capitalisation boursière par 30 !

La créativité est un atout majeur qui explique des performances du groupe : cela fait dix ans que chaque année, le Gunn Report, (publication d’observation et d’analyse de la publicité mondiale), le classe groupe de communication numéro 1 de la Créativité mondiale.

Enfin à titre personnel Maurice Lévy est le lauréat du VISIONARY AWARD 2012 décerné par les femmes administrateurs d’entreprises américaines, en récompense : de l’excellence des performances financières à l’égard des actionnaires, du nombre de femmes présentes aux conseils d’administration, et pour le leadership qui, selon l’organisation des Women Corporate Directors est un exemple de gouvernance.

Pour construire et diriger un tel vaisseau amiral, on doit admettre qu’au raisonnement, à l’analyse, à la technologie et à l’expertise… il faut ajouter une vision intuitive et une sensibilité singulière. En quelque sorte un talent hors normes ! Ce qui n’avait pas échappé à Marcel Bleustein Blanchet lorsqu’il a choisi Maurice Lévy pour être le garant de la pérennité et du rayonnement de Publicis dans le monde.

Le signe du destin

A son arrivée en 1971 à l’agence parisienne de Marcel Bleustein-Blanchet,
Maurice Lévy n’avait pas de plan de carrière et commença par ce qu’il savait faire.
Informaticien de formation, il dirigeait l’informatique et transforma l’outil en le modernisant avec, révolution à l’époque, disques et bandes magnétiques. L’incendie des locaux qui se déclara un an plus tard montra à quel point il avait eu du flair. C’est, entre autres qualités, son sens de la prévoyance qui convainquit le patron de le nommer secrétaire général de Publicis Conseil.

Il n’oublie pas ce qu’il doit à ce patron hors norme, « larger than life », à qui il voue une admiration que le temps ne dément pas, Maurice Lévy raconte : « Il a eu une vie exceptionnelle. Il a inventé la radio et avant de rejoindre de Gaulle à Londres il l’a sabotée lui-même pour ne pas la laisser aux allemands. Il a recommencé sa vie plusieurs fois. C’était un guide, un mentor extraordinaire. Un jour je lui ai dit qu’il fallait aller en Chine. Il m’a répondu « vous parlez chinois ? » C’était vers la fin de sa vie professionnelle et il avait perdu l’appétit de construire. Quand il nous a quittés, en 1996, il a fallu se déployer à l’international. Très vite. »
L’expansion de Publicis est devenue une obsession. Direction le Nouveau Monde avec la création, à New York, de la première filiale américaine de Publicis : Intermarco. Avec un premier client poids lourd : L’Oréal. En 1988, quand Maurice Lévy est nommé président du directoire de Publicis, le groupe ne réalise qu’1% de son chiffre d’affaires aux USA.

Premier mouvement : digital, deuxième mouvement : consolidation. Accelerando

L’objectif numéro 1 du dauphin de Bleustein-Blanchet était de devenir mondial. Canada, Mexique, Brésil et tout de suite après : Singapour, Bangkok, Philippines. Ce n’est pas un catalogue d’agence de voyages, mais l’itinéraire suivi par Lévy pour créer des agences Publicis. Le tout en 1 mois !! et ce n’etait qu’un début.
Objectif numéro 2 : être reconnu. Pas pour l’ego, mais pour gagner des budgets.
Le monde devenait global, les agences mondiales et les budgets pub consolidés. Les annonceurs préféraient les confier en totalité à une même agence.
Il fallait donc être partout et dans tout. Partout pour les campagnes mondiales et sur tous les secteurs de la communication.
A l’époque, Publicis était un petit français face à des géants américains comme Young and Rubicam, WPP, Omnicom ou Saatchi & Saatchi dont la notoriété était acquise.

Passer du Tier2 au Tier1 : encore plus fort que du niveau 2 au niveau 1

Les agences de publicité sont classées à la mode américaine en niveaux. Les grandes sont rassemblées dans le Tier1, le niveau 1. En 2000, Publicis appartenait au Tier2. Il ne participait donc pas aux compétitions organisées pour l’obtention des très gros budgets mondiaux.
Quel est le président qui voudrait comme agence une « tier2 » ?

Saatchi et Saatchi était sollicité, mais cette agence était toujours sur une corde raide financière. Lévy l’a rachetée et Publicis Groupe est passée dans la cour des grands.
« Nous étions devenus ‘’Publicis, le propriétaire de Saatchi’’ ! À chaque compétition on a pu se présenter en deux minutes au lieu d’une demi-heure »

En 2002, Publicis fusionna avec le groupe américain Bcom3. Et hop : quatrième mondial ! Leo Burnett tomba ainsi dans son escarcelle et à travers elle, les campagnes réalisées pour l’armée américaine qui valurent à Maurice Lévy son bâton de maréchal.

Numérique et pays émergents : 2 axes choisis en 2006 toujours d’actualité

Celui qui dit « les plans stratégiques, il faut en faire, ça permet de discuter et de se challenger, mais il ne faut pas les suivre aveuglément » est le même que celui qui a eu, en 2006, l’intuition qu’il fallait s’engager à fond dans le numérique et les pays émergents, deux axes qui sont toujours valables fin 2012.
« Il fallait s’inscrire dans ces nouveaux comportements dont on observait les prémisses et dont on voyait bien qu’ils allaient changer radicalement nos modes de vie. »
Quand Maurice Lévy le dit, ça a l’air simple : « On se doutait bien, dès la fin des années 90 que les gamins de 8 ans qui jouaient à la Game boy auraient un téléphone portable à 18 ans et qu’ils ne sauraient plus écrire autrement que par clavier interposé. »
Ceux qui ne l’ont pas compris ont disparu du paysage.
Publicis, lui, a vu son chiffre d’affaires multiplié par 10, son résultat net par 26 et le nombre de ses salariés par près de 10.

Définir la stratégie d’un groupe de communication, c’est regarder 3 choses

L’agence doit d’abord regarder ses clients : quelles stratégies en adéquation avec leurs marques et l’évolution de leurs marchés peut-elle leur proposer ? « Nous pouvons ainsi être 5 minutes en avance sur les annonceurs. Il n’en faut pas plus. Mais pas moins.
Elle doit regarder le paysage médiatique : quelles sont ses évolutions ? Celles qui n’ont pas compris qu’Internet allait bouleverser la donne des investissements publicitaires ont perdu du temps et de l’argent. « En matière de media landscape , paysage médiatique, il faut être dans les temps. Ni en retard, ni en avance.
Et il faut regarder les gens : que font-ils ? Comment et avec qui ? Les tribus, les repas déstructurés, l’évolution des familles… La démographie et la sociologie sont les deux mamelles de la stratégie. Elles permettent de prévoir les évolutions du public auquel s’adressent les agences de pub pour leurs annonceurs. Et c’est sur ce créneau qu’il faut être en avance. Très en avance. Il fallait prévoir que les hypermarchés perdraient leur intérêt à cause des achats en ligne, par exemple. »

Féministe ou indifférent au genre ?

« La parité », explique Maurice Lévy, « je suis pour le principe, mais contre la loi ». Pour le principe, on n’a pas de mal à le croire : 50% des sièges du Conseil de surveillance de Publicis sont occupés par des femmes. « Elles savent qu’elles ont été choisies pour leurs compétences. S’il y avait eu une loi, cela aurait pu introduire un doute. » Et il jure que, chez Publicis, « on ne danse pas le menuet » donc le genre n’entre pas dans la définition de poste.

« Le pragmatisme est ma boussole »

Avec 5,8 milliards de chiffre d’affaires en 2011, Publicis continue de croître malgré la crise et le recul du marché de la publicité.
Comment concilier savoir-faire et créativité dans un ensemble en croissance constante ? Maurice Lévy apporte deux réponses contradictoires : d’une part, il reste convaincu qu’une petite équipe réunie dans une chambre de bonne peut trouver une idée géniale qui laissera la créativité de Publicis sur le carreau. « Parce que notre métier est fondé sur l’humain, sur notre capacité à capter les humeurs. C’est un métier d’intelligence et d’émotion. » Mais en même temps, le monde s’est complexifié, les marques sont mondiales et les campagnes publicitaires également. Alors pour mettre en musique l’idée géniale en question, pour la décliner à l’international, il faut être sur le terrain, sur LES terrains. Il faut pouvoir faire les indispensables adaptations locales qui sont sources d’améliorations considérables. Publicis est présent dans 104 pays. Ça aide.

La blessure

Maurice Lévy a fait la Une de la presse pendant la campagne présidentielle 2012, avec des titres dont il se serait bien passé. Son succès personnel dans la réalisation des objectifs fixés du groupe Publicis et la rémunération qu’elle lui valait, lui étaient reprochées.

C’est pourtant en toute transparence que le Conseil de surveillance avait voté, en 2003, une disposition particulière afin de se prémunir contre un départ « anticipé » de Lévy à la retraite : sa rémunération pour les performances de l’entreprise (moins d’un demi centime par euro gagné) ne lui serait versée qu’à moitié chaque année, le reste étant conservé jusqu’à son départ à la retraite, prévu pour 2010… et retardé depuis. Décision approuvée par l’Assemblée Générale des actionnaires.

Alors que le monde connaissait une crise économique sans précédent, que la croissance n’était plus qu’un souvenir dans notre pays, Publicis, continuait d’engranger des bénéfices ! On comprend que les membres du Conseil aient eu envie de maintenir de gré ou de force le capitaine aux commandes du navire, d’où la fameuse mise en place d’une « rémunération conditionnelle différée »

A l’Assemblée Générale des actionnaires de mai 2012, les journalistes se pressaient nombreux. Espérant sans doute « du sang » Ils ont du être déçus car, le seul reproche fait à Maurice Lévy par les actionnaires – ravis des bonnes performances de leurs actions-, était de ne pas avoir réagi avec la force qui eût été nécessaire à cet acharnement politico-médiatique.

Onze interventions se sont succédées pour affirmer haut et fort que cette rémunération était largement méritée. « Mais pour un homme de communication », se sont-ils moqué, « vous avez été en dessous de tout ! »

Maurice Lévy a confié aux Femmes de com’ que surpris et blessé il avait eu le sentiment d’être en France durant trois semaines, considéré comme un délinquant. Il avait regretté effectivement d’avoir écouté ses proches et son entourage qui lui conseillaient de ne pas répondre, plutôt que son intime conviction qui elle, le poussait à réagir.
«Ecouter son instinct, c’est pourtant ce que je conseille à nos clients annonceurs : si vous ne sentez cette campagne, ne la faites pas. »
Heureusement, ses clients font ce qu’il dit. Pas ce qu’il fait quand il est personnellement mis en cause.

A la veille d’une nouvelle année les femmes de com’ souhaitent au patron de Publicis de conserver intacts sa jeunesse et son dynamisme, au marché publicitaire de retrouver très vite de bonnes couleurs et aux jeunes entrepreneurs qui contre tout attente décideront en 2013 de se lancer dans l’aventure, de réussir pleinement en s’inspirant de l’exemple et de l’élégance de Monsieur Maurice Lévy.

L.MESSIKA
Copyright : FDC Femmes de Com’ 12/2012

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Maurice Lévy

Maurice Lévy
Président du Directoire du groupe PUBLICIS
Et Président de l’AFEP

L’homme qui incarne le 3ème groupe mondial de communication globale ainsi que le 1er en communication numérique et interactive semble serein et détendu lorsqu’il s’installe au micro de Fabienne Lissak, (membre de Femmes de com’, ex-journaliste Bloomberg et dircom d’Eurotunnel ) face aux femmes de com’ le 10 décembre 2012.

Le destin de Maurice Lévy est intimement lié à celui de l’entreprise qui n’a connu que deux patrons en 84 ans. Lui et le fondateur Marcel Bleustein-Blanchet qui le nomme comme son successeur en 1987. Il faut dire que Lévy est chez Publicis depuis 40 ans et qu’il préside le Directoire de Publicis Groupe depuis 25 ans.

De la petite agence de publicité parisienne au groupe mondial de communication, il y a un pont construit sur la détermination réfléchie et le goût de l’international de Maurice Lévy qui illustre parfaitement la conviction du journaliste économique Thomas Friedman affirmant dans son livre « The World is Flat », que la planète est un grand village.

Pour preuve, présent sur 5 continents et 104 pays, Publicis et ses 56.000 collaborateurs offrent la quasi totalité des services liés à la communication.

Les résultats de Publicis Groupe, entreprise française qui s’est imposée à l’échelon mondial, semblent appartenir aux années fastes du siècle dernier. Pourtant c’est bien entre 2004 et 2011 dans un contexte planétaire traversé de profonds bouleversements économiques, sociaux, technologiques, politiques… que le chiffre d’affaires a été multiplié par 10, le résultat net par 26 et la capitalisation boursière par 30 !

La créativité est un atout majeur qui explique des performances du groupe : cela fait dix ans que chaque année, le Gunn Report, (publication d’observation et d’analyse de la publicité mondiale), le classe groupe de communication numéro 1 de la Créativité mondiale.

Enfin à titre personnel Maurice Lévy est le lauréat du VISIONARY AWARD 2012 décerné par les femmes administrateurs d’entreprises américaines, en récompense : de l’excellence des performances financières à l’égard des actionnaires, du nombre de femmes présentes aux conseils d’administration, et pour le leadership qui, selon l’organisation des Women Corporate Directors est un exemple de gouvernance.

Pour construire et diriger un tel vaisseau amiral, on doit admettre qu’au raisonnement, à l’analyse, à la technologie et à l’expertise… il faut ajouter une vision intuitive et une sensibilité singulière. En quelque sorte un talent hors normes ! Ce qui n’avait pas échappé à Marcel Bleustein Blanchet lorsqu’il a choisi Maurice Lévy pour être le garant de la pérennité et du rayonnement de Publicis dans le monde.

Le signe du destin

A son arrivée en 1971 à l’agence parisienne de Marcel Bleustein-Blanchet,
Maurice Lévy n’avait pas de plan de carrière et commença par ce qu’il savait faire.
Informaticien de formation, il dirigeait l’informatique et transforma l’outil en le modernisant avec, révolution à l’époque, disques et bandes magnétiques. L’incendie des locaux qui se déclara un an plus tard montra à quel point il avait eu du flair. C’est, entre autres qualités, son sens de la prévoyance qui convainquit le patron de le nommer secrétaire général de Publicis Conseil.

Il n’oublie pas ce qu’il doit à ce patron hors norme, « larger than life », à qui il voue une admiration que le temps ne dément pas, Maurice Lévy raconte : « Il a eu une vie exceptionnelle. Il a inventé la radio et avant de rejoindre de Gaulle à Londres il l’a sabotée lui-même pour ne pas la laisser aux allemands. Il a recommencé sa vie plusieurs fois. C’était un guide, un mentor extraordinaire. Un jour je lui ai dit qu’il fallait aller en Chine. Il m’a répondu « vous parlez chinois ? » C’était vers la fin de sa vie professionnelle et il avait perdu l’appétit de construire. Quand il nous a quittés, en 1996, il a fallu se déployer à l’international. Très vite. »
L’expansion de Publicis est devenue une obsession. Direction le Nouveau Monde avec la création, à New York, de la première filiale américaine de Publicis : Intermarco. Avec un premier client poids lourd : L’Oréal. En 1988, quand Maurice Lévy est nommé président du directoire de Publicis, le groupe ne réalise qu’1% de son chiffre d’affaires aux USA.

Premier mouvement : digital, deuxième mouvement : consolidation. Accelerando

L’objectif numéro 1 du dauphin de Bleustein-Blanchet était de devenir mondial. Canada, Mexique, Brésil et tout de suite après : Singapour, Bangkok, Philippines. Ce n’est pas un catalogue d’agence de voyages, mais l’itinéraire suivi par Lévy pour créer des agences Publicis. Le tout en 1 mois !! et ce n’etait qu’un début.
Objectif numéro 2 : être reconnu. Pas pour l’ego, mais pour gagner des budgets.
Le monde devenait global, les agences mondiales et les budgets pub consolidés. Les annonceurs préféraient les confier en totalité à une même agence.
Il fallait donc être partout et dans tout. Partout pour les campagnes mondiales et sur tous les secteurs de la communication.
A l’époque, Publicis était un petit français face à des géants américains comme Young and Rubicam, WPP, Omnicom ou Saatchi & Saatchi dont la notoriété était acquise.

Passer du Tier2 au Tier1 : encore plus fort que du niveau 2 au niveau 1

Les agences de publicité sont classées à la mode américaine en niveaux. Les grandes sont rassemblées dans le Tier1, le niveau 1. En 2000, Publicis appartenait au Tier2. Il ne participait donc pas aux compétitions organisées pour l’obtention des très gros budgets mondiaux.
Quel est le président qui voudrait comme agence une « tier2 » ?

Saatchi et Saatchi était sollicité, mais cette agence était toujours sur une corde raide financière. Lévy l’a rachetée et Publicis Groupe est passée dans la cour des grands.
« Nous étions devenus ‘’Publicis, le propriétaire de Saatchi’’ ! À chaque compétition on a pu se présenter en deux minutes au lieu d’une demi-heure »

En 2002, Publicis fusionna avec le groupe américain Bcom3. Et hop : quatrième mondial ! Leo Burnett tomba ainsi dans son escarcelle et à travers elle, les campagnes réalisées pour l’armée américaine qui valurent à Maurice Lévy son bâton de maréchal.

Numérique et pays émergents : 2 axes choisis en 2006 toujours d’actualité

Celui qui dit « les plans stratégiques, il faut en faire, ça permet de discuter et de se challenger, mais il ne faut pas les suivre aveuglément » est le même que celui qui a eu, en 2006, l’intuition qu’il fallait s’engager à fond dans le numérique et les pays émergents, deux axes qui sont toujours valables fin 2012.
« Il fallait s’inscrire dans ces nouveaux comportements dont on observait les prémisses et dont on voyait bien qu’ils allaient changer radicalement nos modes de vie. »
Quand Maurice Lévy le dit, ça a l’air simple : « On se doutait bien, dès la fin des années 90 que les gamins de 8 ans qui jouaient à la Game boy auraient un téléphone portable à 18 ans et qu’ils ne sauraient plus écrire autrement que par clavier interposé. »
Ceux qui ne l’ont pas compris ont disparu du paysage.
Publicis, lui, a vu son chiffre d’affaires multiplié par 10, son résultat net par 26 et le nombre de ses salariés par près de 10.

Définir la stratégie d’un groupe de communication, c’est regarder 3 choses

L’agence doit d’abord regarder ses clients : quelles stratégies en adéquation avec leurs marques et l’évolution de leurs marchés peut-elle leur proposer ? « Nous pouvons ainsi être 5 minutes en avance sur les annonceurs. Il n’en faut pas plus. Mais pas moins.
Elle doit regarder le paysage médiatique : quelles sont ses évolutions ? Celles qui n’ont pas compris qu’Internet allait bouleverser la donne des investissements publicitaires ont perdu du temps et de l’argent. « En matière de media landscape , paysage médiatique, il faut être dans les temps. Ni en retard, ni en avance.
Et il faut regarder les gens : que font-ils ? Comment et avec qui ? Les tribus, les repas déstructurés, l’évolution des familles… La démographie et la sociologie sont les deux mamelles de la stratégie. Elles permettent de prévoir les évolutions du public auquel s’adressent les agences de pub pour leurs annonceurs. Et c’est sur ce créneau qu’il faut être en avance. Très en avance. Il fallait prévoir que les hypermarchés perdraient leur intérêt à cause des achats en ligne, par exemple. »

Féministe ou indifférent au genre ?

« La parité », explique Maurice Lévy, « je suis pour le principe, mais contre la loi ». Pour le principe, on n’a pas de mal à le croire : 50% des sièges du Conseil de surveillance de Publicis sont occupés par des femmes. « Elles savent qu’elles ont été choisies pour leurs compétences. S’il y avait eu une loi, cela aurait pu introduire un doute. » Et il jure que, chez Publicis, « on ne danse pas le menuet » donc le genre n’entre pas dans la définition de poste.

« Le pragmatisme est ma boussole »

Avec 5,8 milliards de chiffre d’affaires en 2011, Publicis continue de croître malgré la crise et le recul du marché de la publicité.
Comment concilier savoir-faire et créativité dans un ensemble en croissance constante ? Maurice Lévy apporte deux réponses contradictoires : d’une part, il reste convaincu qu’une petite équipe réunie dans une chambre de bonne peut trouver une idée géniale qui laissera la créativité de Publicis sur le carreau. « Parce que notre métier est fondé sur l’humain, sur notre capacité à capter les humeurs. C’est un métier d’intelligence et d’émotion. » Mais en même temps, le monde s’est complexifié, les marques sont mondiales et les campagnes publicitaires également. Alors pour mettre en musique l’idée géniale en question, pour la décliner à l’international, il faut être sur le terrain, sur LES terrains. Il faut pouvoir faire les indispensables adaptations locales qui sont sources d’améliorations considérables. Publicis est présent dans 104 pays. Ça aide.

La blessure

Maurice Lévy a fait la Une de la presse pendant la campagne présidentielle 2012, avec des titres dont il se serait bien passé. Son succès personnel dans la réalisation des objectifs fixés du groupe Publicis et la rémunération qu’elle lui valait, lui étaient reprochées.

C’est pourtant en toute transparence que le Conseil de surveillance avait voté, en 2003, une disposition particulière afin de se prémunir contre un départ « anticipé » de Lévy à la retraite : sa rémunération pour les performances de l’entreprise (moins d’un demi centime par euro gagné) ne lui serait versée qu’à moitié chaque année, le reste étant conservé jusqu’à son départ à la retraite, prévu pour 2010… et retardé depuis. Décision approuvée par l’Assemblée Générale des actionnaires.

Alors que le monde connaissait une crise économique sans précédent, que la croissance n’était plus qu’un souvenir dans notre pays, Publicis, continuait d’engranger des bénéfices ! On comprend que les membres du Conseil aient eu envie de maintenir de gré ou de force le capitaine aux commandes du navire, d’où la fameuse mise en place d’une « rémunération conditionnelle différée »

A l’Assemblée Générale des actionnaires de mai 2012, les journalistes se pressaient nombreux. Espérant sans doute « du sang » Ils ont du être déçus car, le seul reproche fait à Maurice Lévy par les actionnaires – ravis des bonnes performances de leurs actions-, était de ne pas avoir réagi avec la force qui eût été nécessaire à cet acharnement politico-médiatique.

Onze interventions se sont succédées pour affirmer haut et fort que cette rémunération était largement méritée. « Mais pour un homme de communication », se sont-ils moqué, « vous avez été en dessous de tout ! »

Maurice Lévy a confié aux Femmes de com’ que surpris et blessé il avait eu le sentiment d’être en France durant trois semaines, considéré comme un délinquant. Il avait regretté effectivement d’avoir écouté ses proches et son entourage qui lui conseillaient de ne pas répondre, plutôt que son intime conviction qui elle, le poussait à réagir.
«Ecouter son instinct, c’est pourtant ce que je conseille à nos clients annonceurs : si vous ne sentez cette campagne, ne la faites pas. »
Heureusement, ses clients font ce qu’il dit. Pas ce qu’il fait quand il est personnellement mis en cause.

A la veille d’une nouvelle année les femmes de com’ souhaitent au patron de Publicis de conserver intacts sa jeunesse et son dynamisme, au marché publicitaire de retrouver très vite de bonnes couleurs et aux jeunes entrepreneurs qui contre tout attente décideront en 2013 de se lancer dans l’aventure, de réussir pleinement en s’inspirant de l’exemple et de l’élégance de Monsieur Maurice Lévy.

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