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MARC SIMONCINI – DES IDEES ET DES ACTES

22 mai 2014
Marc Simoncini

Marc SIMONCINI
Fondateur de Meetic
Fondateur et PDG JAINA-CAPITAL

En ce lundi 28 Avril 2014, une tornade s’est abattue sur les Femmes de com présentes dans les salons de SwissLife Banque Privée Place Vendôme.

Tornade ? Non, feu d’artifice !

La nouvelle économie française a trois têtes. L’une de ces trois têtes couronne un brillant patron, Marc Simoncini, qui a accepté notre invitation.

L’homme est à l’image du secteur dans lequel il évolue depuis une quinzaine d’années : c’est un disque dur bourré d’idées, au dynamisme surmultiplié, avec des projets en 4D et une vision anticipée à haut débit.

On aurait pu s’attendre à un discours très technique et un peu froid, on a vu arriver un homme sympathique et modeste, qui a confié au micro de Fabienne Lissak avoir accepté cette invitation comme un « exercice ». Un challenge atypique pour un entrepreneur hors normes !

Flash-back

En 1983, Après une scolarité calamiteuse qui désespère son père cadre à France Télécom, il obtient un bac D le conduisant à une liste d’écoles où le hasard, après la lettre G comme Gestion et H comme hôtellerie, le stoppe à la lettre I comme INFORMATIQUE. J’adorais la littérature, étais nul en math je n’avais même pas fait le lien avec les ordinateurs…

Vous avez dit « atypique » ? Parcours

Le destin de Marc Simoncini a pris la forme d’un stage dans une start-up créatrice d’applications pour Minitel. On est en 1983. Il deviendra « développeur », mais son patron doutera très vite de son aptitude et lui proposera une activité commerciale.

Bingo !

Sa mission sera couronnée de succès : il réalisera à lui seul la moitié du chiffre d’affaires. Dans sa logique, cela implique qu’il mérite la moitié de la boite. Dans celle de son patron, c’est juste impossible.

Marc Simoncini décide alors de créer sa propre entreprise. Il faut un nom ? Qu’à cela ne tienne : ce sera CTB. : C comme Communication, T comme Télématique et B comme… Bourgogne, parce que la création se fait à Dijon avec un associé bourguignon !

Le B deviendra rapidement l’initiale de Business quand l’essor commercial s’annoncera profitable. Pour quelqu’un qui ignore tout du marketing et de la com’, Simoncini fait preuve d’intuition, appuyée sur une qualité très prisée outre Atlantique : c’est un fast learner, il apprend très vite. Dès lors, son ascension sera rapide.

Marier les actes et les idées : EN-TRE-PRENDRE !

L’intelligence a souvent été définie par les psychologues comme la faculté de faire des associations entre des éléments non reliés entre eux.

Quelle meilleure illustration que le mariage de l’informatique et de la solitude de nos contemporains dans Meetic ? Ce site, créé par Simoncini, est rapidement devenu le numéro 1 des sites de rencontres. Il a des challengers, mais nul ne le dépasse : 28 millions de profils enregistrés depuis sa création et près de 30 % de parts de marché.

S’il n’est pas besoin de réussir pour entreprendre, il n’est pas interdit de continuer à entreprendre quand on réussit : Marc Simoncini a également créé Jaïna Capital, un fond d’investissement qui accompagne une cinquantaine de start-ups. Et puis SENSEE, un site de vente d’optique en ligne, qui a alimenté aussi bien les rubriques économiques que les écoles de communication.

Il partage avec son ami Xavier Niel, les mêmes réflexes. Les idées s’imposent à lui la plupart du temps lorsqu’il revient d’un séjour à l’étranger en parcourant les rues de Paris en taxi. Les affiches, les vitrines les commerces sont autant de sources d’inspiration. Mais lorsqu’il a 1 idée, Xavier en a 10 prétend-il.

Pour transformer les contraintes en opportunités, il faut des contraintes !

En France, les entrepreneurs se plaignent souvent d’être confrontés à des parcours administratifs labyrinthiques et handicapés par la lenteur des réformes du système économique.

Simoncini considère cependant que la France offre un formidable terrain d’expérimentation : « lorsqu’il y a une difficulté, il y a une opportunité et de ce point de vue, nous sommes bien dans la capitale mondiale ! Aux USA, c’est l’inverse, tout est libéralisé. Du coup, sur chaque secteur, il y a 40 entrepreneurs. En France on doit franchir des murs de situations monopolistiques, de règlementations, d’organisations, de structures à ne pas changer etc., de quoi décourager, certes, mais l’envie et l’énergie qu’il faut pour les combattre enrichissent un terreau extraordinaire.
Les Américains roulent confortablement dans de grosses voitures rapides sur des avenues larges et droites. Nos véhicules sont petits et adaptés à nos quartiers sinueux, voire impénétrables. Nous sommes nés dans ce système d’une complexité effarante, qui nous oblige à nous adapter, à nous faufiler, à contourner les règlementations et les difficultés. En France tout est compliqué, mais on y est habitués. Cela nous donne une créativité que les entrepreneurs issus de civilisations plus business friendly n’ont pas. »

Cela n’empêche pas l’exode des jeunes entrepreneurs. Simoncini dit que les politiques de tous bords en sont conscients. Il cherche à convaincre qu’il faut valoriser l’image des entrepreneurs pour faire revenir ces jeunes, il faut leur adresser des signaux forts et rendre la France attractive, en simplifiant la fiscalité, bien sûr, mais surtout en cessant de considérer à tort l’ambition et la réussite comme indécentes.

Pour réussir il faut se lever une heure plus tôt et se coucher une heure plus tard

Pour Simoncini beaucoup de secteurs sont figés dans un immobilisme confortable, voire paralysés par les craintes d’une prise de risque inopportune en période de crise économique. Pourtant beaucoup de choses n’ont pas encore été faites en France, souvent parce que la règlementation ralentit l’audace et le retour sur investissement.

« Le métier d’entrepreneur consiste à faire face à des difficultés, à résoudre des problèmes et à commettre des erreurs. Un bon entrepreneur est une personne qui fait une erreur par jour, mais jamais deux fois la même. »

Les erreurs ne suffisent pas : la chance est un autre facteur essentiel. Appartenir à la génération Internet en est une.

La chance et l’anticipation. Simoncini ne se contente pas d’entreprendre, de créer et de développer des entreprises. Il anticipe l’après gouvernance : dès la création, il se met en situation de la revendre. Dans le cas de Meetic, il savait que son acquéreur serait l’américain Match.com « Si nous avions eu sa fiscalité c’est nous qui l’aurions racheté ! »

La fidélité à ses convictions et la pugnacité sont aussi des critères de réussite : nombreux étaient les sceptiques du e-commerce. Combien ont prédit que la vente de chaussures sur Internet était irréaliste (parce qu’on ne peut pas les essayer), les rencontres sérieuses utopiques (parce qu’on n’est pas en face à face) et encore aujourd’hui, que les lunettes sont aussi invendables en ligne que les chaussures… en pire ?

Simoncini y croit : sa foi s’appelle Sensee. Sur une niche de 5,5 milliards d’euros, on peut même appeler cela un miracle !

Propager sa foi : la pédagogie d’internet

Un précurseur dans un secteur aussi innovant qu’internet n’échappe pas au rôle de pédagogue, que ce soit auprès des industriels ou des politiques.

En 2000, au cœur de la ruée de tous les média sur le numérique et alors que sa petite entreprise réalisait déjà 2 millions d’euros de CA, Marc Simoncini a été sollicité par l’éminent et charismatique patron d’une puissante chaine de télévision, qui souhaitait comprendre l’intérêt et les perspectives de l’économie virtuelle.

Après deux heures d’explications enthousiastes, il a eu la surprise d’entendre ce grand patron conclure à l’intention de son DG : « tu vois, il ne faut pas qu’on aille dans internet, car tous les types intelligents y sont déjà et notre fonds de commerce à nous, c’est la connerie. »

Simoncini s’incline devant l’intelligence et la lucidité de ce vieux loup. D’autant qu’il est l’un des rares à n’y avoir pas perdu d’argent : avant d’engager son entreprise dans ce secteur, il a attendu quelques années qu’il soit professionnalisé et rentable.

« Un jour, Google offrira l’immortalité »

Le numérique n’est pas seulement un métier comme l’industrie ou l’agriculture : il intègre des critères socio-économiques et géopolitiques à l’échelle de la planète entière.

Le numérique est synonyme de progrès.

Demain Apple ou Google fabriqueront des voitures dont le carburant sera l’intelligence. Elles auront un logiciel, une batterie, un moteur électrique et quatre roues. Adieu aux moteurs lourds et à la pollution !

L’incommensurable puissance de calcul de Google peut faire rouler des voitures sans chauffeur, atterrir un drone sur votre balcon et soigner des pathologies en mesurant par exemple virtuellement l’efficacité des molécules.

Même sur Internet, la com’ c’est fondamental

Internet c’est trois choses : du numérique, de la technologie et de la com’.

Lorsqu’il a lancé Meetic, Marc Simoncini a misé sur la transparence, sur son nom et sur son parcours pour légitimer et crédibiliser auprès des journalistes son entreprise.

Car des sites de rencontres, il y en avait déjà. Mais leur problème commun et récurrent était une fréquentation très majoritairement masculine.

Pour séduire les internautes féminines, en pro de la com’ il a dressé un portrait-robot de sa cible, une jeune femme moderne et active, sans problème majeur, travaillant dans la communication et n’étant pas disposée à payer pour des rencontres.

La réussite de Meetic doit beaucoup à une communication parfaitement ciblée sur le profil de cette femme, avec un investissement publicitaire de près de 50% du chiffre d’affaires. En devenant le plus gros annonceur de Google, Meetic s’est assuré le succès.

Le goût du risque

La première fois que Simoncini a gagné beaucoup d’argent, il l’a perdu en actions Vivendi.

« Cela m’a rendu subitement très sympathique ! »

Ensuite il a gagné beaucoup d’argent avec Meetic, « mais tout a été réinvesti dans une cinquantaine de start-up dont aucune n’est encore bénéficiaire aujourd’hui. Il avait envie d’être sympathique « je me suis mis à nouveau en situation de galérer ! »

Le temps de retour sur investissement est lié à la nature de chaque projet. Pour l’optique, il s’est donné dix ans.

Encore faut-il que la vente de lunettes en ligne soit autorisée !

Le ministre Benoit Hamon a pris une mesure qui va dans le sens de Sensee. A la jonction entre communication et lobbying, Simoncini, avait su influencer, même en étant décrié. « C’est un cas d’école de la com’. Avec une bataille morale : on a crié très fort … très très fort. Et on a dit que si on nous laissait exister on ferait baisser les prix. On a gagné la bataille morale. Celle de la com’ est au niveau de la règlementation. »

Cette loi, c’est l’aboutissement d’un plan stratégique écrit ligne à ligne, pensé, établi et appliqué pendant trois ans avec une équipe de juristes et de lobbyistes.

« Equivalent » ou « même », question de sémantique

SENSEE voulait vendre deux fois moins cher les mêmes lunettes que les opticiens traditionnels. Lesdits opticiens ont argumenté qu’il s’agissait de lunettes made in China et donc de mauvaise qualité.

Or l’objectif de Sensee, c’est de vendre LES MÊMES lunettes deux fois moins cher. Pour cela, il faut que les fournisseurs de montures et de verres acceptent de lui fournir leurs produits. Ils s’y refusaient. Sensee vendait donc deux fois moins cher des lunettes équivalentes, mais pas LES MÊMES LUNETTES ce qui était loin de satisfaire Marc Simoncini.

C’est pourquoi tout en agitant la menace de poursuivre les industriels pour abus de position dominante ou refus de vente, il a mené tambour battant une campagne de presse dénonçant son indignation. Certains d’entre eux fâchés de voir ce litige et leur marque exposés publiquement, on finit de guerre lasse par céder. « Si je n’avais choisi que la voie juridique sans communiquer, je n’aurai pas avancé… »

Trublion, conformiste, semeur de zizanie ou tout simplement boulimique ?

Ce trublion qui semble ne pas faire partie de l’establishment vient de recevoir la légion d’honneur : « Cela fait surtout plaisir à mon père mais j’aurai plaisir à l’exhiber devant certains professionnels de l’optique qui ont eu des propos indignes à mon sujet. »

Le sexe des anges

Les femmes dans le milieu des business angels, le plafond de verre, la diversité, la compétence des femmes… sur ces sujets, Marc Simoncini se prétend « très maladroit ».

En réalité il est très adroit et droit dans ses bottes : en anglais, daltonien se dit « color blind », aveugle aux couleurs.

Comme Maurice Lévy qui confiait lors de son passage chez Femmes de com’, que chez Publicis on ne dansait pas le menuet…Dans son business Simoncini est « genre blind » à compétence égale, il ne fait absolument aucune différence entre les femmes et les hommes.

Pour autant, impossible d’ignorer qu’elles sont peu nombreuses dans les cohortes des business angels.

Les jeunes qui rêvent de monter leur entreprise ne le font pas par peur de se planter. Les filles trois fois plus souvent que les garçons.

Ça lui a inspiré un livre « non pas pour raconter nos success stories mais au contraire nos plantages, car pour réussir il faut se planter. Il faut retirer cette peur et OSER : il n’y a aucune raison que les femmes soient moins nombreuses à réussir que les hommes. »

Internet c’est pas jouer ? Mais si !

www.winamax.com, n°1 du poker en France, dont il est associé alors qu’il ne joue pas. « Mais je suis associé à Patrick Bruel qui, lui, joue très bien. » Il n’est pas joueur de poker, mais tient à sa part d’adrénaline en pariant sur les réussites entrepreneuriales.

Sur le millier de business plans qu’il reçoit chaque mois, il en regarde environ 150. Déjà à ce stade, il voit si c’est susceptible de marcher ou pas.

La seconde étape est la rencontre. Il y a deux types d’attitudes : le gars qui se crispe sur son projet et qui refuse de remettre en question la moindre option et puis celui qui a déjà étudié les options que vous lui proposez et qui argumente dessus. Celui-là vous coince et vous vous dites que c’est un bon. A l’inverse, les gens qui n’aiment pas se tromper, ou que les suggestions vexent, ne seront jamais de bons entrepreneurs.

Un entrepreneur doit se tromper, changer, être mobile, se réadapter…

« Je raconte souvent l’histoire de 1000 mercis. Le site a été créé par une femme qui m’a vendu un business plan à 5 Millions de Francs, sur une idée qui ne pouvait pas marcher. Elle s’en est rendu compte, elle a pivoté son modèle sur sa base et aujourd’hui elle est cotée en bourse et gère une boîte formidable. »

Peut-on croire à l’éducation ?

Simoncini y croit puisque, bien qu’il se définisse comme non expert, il a monté une école. Comme le secteur de la santé, celui de l’éducation finira par échapper à l’Etat. Celui-ci est « complètement largué », a-t-il dit au Président Hollande. La preuve, c’est qu’en informatique, ce sont les élèves qui enseignent aux professeurs.

Cela dit, ce n’est pas une mauvaise chose que l’Etat n’ait plus les moyens d’entretenir le Mammouth, car il faut se réinventer, pas continuer dans la même voie.

Innover, penser « out of the box », c’est là la spécialité de Simoncini, qui dit lui-même :

Il a investi 7 million d’euros, via le fonds Jaina Capital, dans Aztec, une jeune société française qui construit des dameuses à neige. Il a rencontré le maire du village dans lequel il a installé l’usine et l’a averti que c’était une toute petite entreprise avec seulement 15 emplois. « Il m’a alors corrigé : ‘’Non, m’a-t-il répondu, vous n’avez pas fait que créer 15 emplois, vous faites vivre 15 familles’’.

C’est aux politiques d’anticiper, mais peu d’entrepreneurs sont des politiques et encore moins de politiques sont entrepreneurs. La dernière campagne électorale l’a désespéré : ‘’salauds de riches, sales patrons’’… « Le discours s’est tout de même édulcoré devant la réalité, mais on vit au jour le jour, il faut être agile. »

La vieillesse comme nouveau commencement

Le secteur où il pourrait investir est celui de la dépendance : car une fois qu’on a trouvé le moyen d’allonger l’espérance de vie à plus de 100 ans grâce à la technologie, il faut améliorer les conditions d’existence et faire du business pour sauver la Sécurité Sociale avec des systèmes d’accompagnement et de protection des personnes âgées qui éviteront à certains la maison de retraite… Les perspectives sont illimitées.

Hier Marc Simoncini pensait à après-demain, aujourd’hui il vise l’Avenir avec un grand A.

CN.© FDC – Avril 2014

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MARC SIMONCINI – DES IDEES ET DES ACTES

Marc Simoncini

Marc SIMONCINI
Fondateur de Meetic
Fondateur et PDG JAINA-CAPITAL

En ce lundi 28 Avril 2014, une tornade s’est abattue sur les Femmes de com présentes dans les salons de SwissLife Banque Privée Place Vendôme.

Tornade ? Non, feu d’artifice !

La nouvelle économie française a trois têtes. L’une de ces trois têtes couronne un brillant patron, Marc Simoncini, qui a accepté notre invitation.

L’homme est à l’image du secteur dans lequel il évolue depuis une quinzaine d’années : c’est un disque dur bourré d’idées, au dynamisme surmultiplié, avec des projets en 4D et une vision anticipée à haut débit.

On aurait pu s’attendre à un discours très technique et un peu froid, on a vu arriver un homme sympathique et modeste, qui a confié au micro de Fabienne Lissak avoir accepté cette invitation comme un « exercice ». Un challenge atypique pour un entrepreneur hors normes !

Flash-back

En 1983, Après une scolarité calamiteuse qui désespère son père cadre à France Télécom, il obtient un bac D le conduisant à une liste d’écoles où le hasard, après la lettre G comme Gestion et H comme hôtellerie, le stoppe à la lettre I comme INFORMATIQUE. J’adorais la littérature, étais nul en math je n’avais même pas fait le lien avec les ordinateurs…

Vous avez dit « atypique » ? Parcours

Le destin de Marc Simoncini a pris la forme d’un stage dans une start-up créatrice d’applications pour Minitel. On est en 1983. Il deviendra « développeur », mais son patron doutera très vite de son aptitude et lui proposera une activité commerciale.

Bingo !

Sa mission sera couronnée de succès : il réalisera à lui seul la moitié du chiffre d’affaires. Dans sa logique, cela implique qu’il mérite la moitié de la boite. Dans celle de son patron, c’est juste impossible.

Marc Simoncini décide alors de créer sa propre entreprise. Il faut un nom ? Qu’à cela ne tienne : ce sera CTB. : C comme Communication, T comme Télématique et B comme… Bourgogne, parce que la création se fait à Dijon avec un associé bourguignon !

Le B deviendra rapidement l’initiale de Business quand l’essor commercial s’annoncera profitable. Pour quelqu’un qui ignore tout du marketing et de la com’, Simoncini fait preuve d’intuition, appuyée sur une qualité très prisée outre Atlantique : c’est un fast learner, il apprend très vite. Dès lors, son ascension sera rapide.

Marier les actes et les idées : EN-TRE-PRENDRE !

L’intelligence a souvent été définie par les psychologues comme la faculté de faire des associations entre des éléments non reliés entre eux.

Quelle meilleure illustration que le mariage de l’informatique et de la solitude de nos contemporains dans Meetic ? Ce site, créé par Simoncini, est rapidement devenu le numéro 1 des sites de rencontres. Il a des challengers, mais nul ne le dépasse : 28 millions de profils enregistrés depuis sa création et près de 30 % de parts de marché.

S’il n’est pas besoin de réussir pour entreprendre, il n’est pas interdit de continuer à entreprendre quand on réussit : Marc Simoncini a également créé Jaïna Capital, un fond d’investissement qui accompagne une cinquantaine de start-ups. Et puis SENSEE, un site de vente d’optique en ligne, qui a alimenté aussi bien les rubriques économiques que les écoles de communication.

Il partage avec son ami Xavier Niel, les mêmes réflexes. Les idées s’imposent à lui la plupart du temps lorsqu’il revient d’un séjour à l’étranger en parcourant les rues de Paris en taxi. Les affiches, les vitrines les commerces sont autant de sources d’inspiration. Mais lorsqu’il a 1 idée, Xavier en a 10 prétend-il.

Pour transformer les contraintes en opportunités, il faut des contraintes !

En France, les entrepreneurs se plaignent souvent d’être confrontés à des parcours administratifs labyrinthiques et handicapés par la lenteur des réformes du système économique.

Simoncini considère cependant que la France offre un formidable terrain d’expérimentation : « lorsqu’il y a une difficulté, il y a une opportunité et de ce point de vue, nous sommes bien dans la capitale mondiale ! Aux USA, c’est l’inverse, tout est libéralisé. Du coup, sur chaque secteur, il y a 40 entrepreneurs. En France on doit franchir des murs de situations monopolistiques, de règlementations, d’organisations, de structures à ne pas changer etc., de quoi décourager, certes, mais l’envie et l’énergie qu’il faut pour les combattre enrichissent un terreau extraordinaire.
Les Américains roulent confortablement dans de grosses voitures rapides sur des avenues larges et droites. Nos véhicules sont petits et adaptés à nos quartiers sinueux, voire impénétrables. Nous sommes nés dans ce système d’une complexité effarante, qui nous oblige à nous adapter, à nous faufiler, à contourner les règlementations et les difficultés. En France tout est compliqué, mais on y est habitués. Cela nous donne une créativité que les entrepreneurs issus de civilisations plus business friendly n’ont pas. »

Cela n’empêche pas l’exode des jeunes entrepreneurs. Simoncini dit que les politiques de tous bords en sont conscients. Il cherche à convaincre qu’il faut valoriser l’image des entrepreneurs pour faire revenir ces jeunes, il faut leur adresser des signaux forts et rendre la France attractive, en simplifiant la fiscalité, bien sûr, mais surtout en cessant de considérer à tort l’ambition et la réussite comme indécentes.

Pour réussir il faut se lever une heure plus tôt et se coucher une heure plus tard

Pour Simoncini beaucoup de secteurs sont figés dans un immobilisme confortable, voire paralysés par les craintes d’une prise de risque inopportune en période de crise économique. Pourtant beaucoup de choses n’ont pas encore été faites en France, souvent parce que la règlementation ralentit l’audace et le retour sur investissement.

« Le métier d’entrepreneur consiste à faire face à des difficultés, à résoudre des problèmes et à commettre des erreurs. Un bon entrepreneur est une personne qui fait une erreur par jour, mais jamais deux fois la même. »

Les erreurs ne suffisent pas : la chance est un autre facteur essentiel. Appartenir à la génération Internet en est une.

La chance et l’anticipation. Simoncini ne se contente pas d’entreprendre, de créer et de développer des entreprises. Il anticipe l’après gouvernance : dès la création, il se met en situation de la revendre. Dans le cas de Meetic, il savait que son acquéreur serait l’américain Match.com « Si nous avions eu sa fiscalité c’est nous qui l’aurions racheté ! »

La fidélité à ses convictions et la pugnacité sont aussi des critères de réussite : nombreux étaient les sceptiques du e-commerce. Combien ont prédit que la vente de chaussures sur Internet était irréaliste (parce qu’on ne peut pas les essayer), les rencontres sérieuses utopiques (parce qu’on n’est pas en face à face) et encore aujourd’hui, que les lunettes sont aussi invendables en ligne que les chaussures… en pire ?

Simoncini y croit : sa foi s’appelle Sensee. Sur une niche de 5,5 milliards d’euros, on peut même appeler cela un miracle !

Propager sa foi : la pédagogie d’internet

Un précurseur dans un secteur aussi innovant qu’internet n’échappe pas au rôle de pédagogue, que ce soit auprès des industriels ou des politiques.

En 2000, au cœur de la ruée de tous les média sur le numérique et alors que sa petite entreprise réalisait déjà 2 millions d’euros de CA, Marc Simoncini a été sollicité par l’éminent et charismatique patron d’une puissante chaine de télévision, qui souhaitait comprendre l’intérêt et les perspectives de l’économie virtuelle.

Après deux heures d’explications enthousiastes, il a eu la surprise d’entendre ce grand patron conclure à l’intention de son DG : « tu vois, il ne faut pas qu’on aille dans internet, car tous les types intelligents y sont déjà et notre fonds de commerce à nous, c’est la connerie. »

Simoncini s’incline devant l’intelligence et la lucidité de ce vieux loup. D’autant qu’il est l’un des rares à n’y avoir pas perdu d’argent : avant d’engager son entreprise dans ce secteur, il a attendu quelques années qu’il soit professionnalisé et rentable.

« Un jour, Google offrira l’immortalité »

Le numérique n’est pas seulement un métier comme l’industrie ou l’agriculture : il intègre des critères socio-économiques et géopolitiques à l’échelle de la planète entière.

Le numérique est synonyme de progrès.

Demain Apple ou Google fabriqueront des voitures dont le carburant sera l’intelligence. Elles auront un logiciel, une batterie, un moteur électrique et quatre roues. Adieu aux moteurs lourds et à la pollution !

L’incommensurable puissance de calcul de Google peut faire rouler des voitures sans chauffeur, atterrir un drone sur votre balcon et soigner des pathologies en mesurant par exemple virtuellement l’efficacité des molécules.

Même sur Internet, la com’ c’est fondamental

Internet c’est trois choses : du numérique, de la technologie et de la com’.

Lorsqu’il a lancé Meetic, Marc Simoncini a misé sur la transparence, sur son nom et sur son parcours pour légitimer et crédibiliser auprès des journalistes son entreprise.

Car des sites de rencontres, il y en avait déjà. Mais leur problème commun et récurrent était une fréquentation très majoritairement masculine.

Pour séduire les internautes féminines, en pro de la com’ il a dressé un portrait-robot de sa cible, une jeune femme moderne et active, sans problème majeur, travaillant dans la communication et n’étant pas disposée à payer pour des rencontres.

La réussite de Meetic doit beaucoup à une communication parfaitement ciblée sur le profil de cette femme, avec un investissement publicitaire de près de 50% du chiffre d’affaires. En devenant le plus gros annonceur de Google, Meetic s’est assuré le succès.

Le goût du risque

La première fois que Simoncini a gagné beaucoup d’argent, il l’a perdu en actions Vivendi.

« Cela m’a rendu subitement très sympathique ! »

Ensuite il a gagné beaucoup d’argent avec Meetic, « mais tout a été réinvesti dans une cinquantaine de start-up dont aucune n’est encore bénéficiaire aujourd’hui. Il avait envie d’être sympathique « je me suis mis à nouveau en situation de galérer ! »

Le temps de retour sur investissement est lié à la nature de chaque projet. Pour l’optique, il s’est donné dix ans.

Encore faut-il que la vente de lunettes en ligne soit autorisée !

Le ministre Benoit Hamon a pris une mesure qui va dans le sens de Sensee. A la jonction entre communication et lobbying, Simoncini, avait su influencer, même en étant décrié. « C’est un cas d’école de la com’. Avec une bataille morale : on a crié très fort … très très fort. Et on a dit que si on nous laissait exister on ferait baisser les prix. On a gagné la bataille morale. Celle de la com’ est au niveau de la règlementation. »

Cette loi, c’est l’aboutissement d’un plan stratégique écrit ligne à ligne, pensé, établi et appliqué pendant trois ans avec une équipe de juristes et de lobbyistes.

« Equivalent » ou « même », question de sémantique

SENSEE voulait vendre deux fois moins cher les mêmes lunettes que les opticiens traditionnels. Lesdits opticiens ont argumenté qu’il s’agissait de lunettes made in China et donc de mauvaise qualité.

Or l’objectif de Sensee, c’est de vendre LES MÊMES lunettes deux fois moins cher. Pour cela, il faut que les fournisseurs de montures et de verres acceptent de lui fournir leurs produits. Ils s’y refusaient. Sensee vendait donc deux fois moins cher des lunettes équivalentes, mais pas LES MÊMES LUNETTES ce qui était loin de satisfaire Marc Simoncini.

C’est pourquoi tout en agitant la menace de poursuivre les industriels pour abus de position dominante ou refus de vente, il a mené tambour battant une campagne de presse dénonçant son indignation. Certains d’entre eux fâchés de voir ce litige et leur marque exposés publiquement, on finit de guerre lasse par céder. « Si je n’avais choisi que la voie juridique sans communiquer, je n’aurai pas avancé… »

Trublion, conformiste, semeur de zizanie ou tout simplement boulimique ?

Ce trublion qui semble ne pas faire partie de l’establishment vient de recevoir la légion d’honneur : « Cela fait surtout plaisir à mon père mais j’aurai plaisir à l’exhiber devant certains professionnels de l’optique qui ont eu des propos indignes à mon sujet. »

Le sexe des anges

Les femmes dans le milieu des business angels, le plafond de verre, la diversité, la compétence des femmes… sur ces sujets, Marc Simoncini se prétend « très maladroit ».

En réalité il est très adroit et droit dans ses bottes : en anglais, daltonien se dit « color blind », aveugle aux couleurs.

Comme Maurice Lévy qui confiait lors de son passage chez Femmes de com’, que chez Publicis on ne dansait pas le menuet…Dans son business Simoncini est « genre blind » à compétence égale, il ne fait absolument aucune différence entre les femmes et les hommes.

Pour autant, impossible d’ignorer qu’elles sont peu nombreuses dans les cohortes des business angels.

Les jeunes qui rêvent de monter leur entreprise ne le font pas par peur de se planter. Les filles trois fois plus souvent que les garçons.

Ça lui a inspiré un livre « non pas pour raconter nos success stories mais au contraire nos plantages, car pour réussir il faut se planter. Il faut retirer cette peur et OSER : il n’y a aucune raison que les femmes soient moins nombreuses à réussir que les hommes. »

Internet c’est pas jouer ? Mais si !

www.winamax.com, n°1 du poker en France, dont il est associé alors qu’il ne joue pas. « Mais je suis associé à Patrick Bruel qui, lui, joue très bien. » Il n’est pas joueur de poker, mais tient à sa part d’adrénaline en pariant sur les réussites entrepreneuriales.

Sur le millier de business plans qu’il reçoit chaque mois, il en regarde environ 150. Déjà à ce stade, il voit si c’est susceptible de marcher ou pas.

La seconde étape est la rencontre. Il y a deux types d’attitudes : le gars qui se crispe sur son projet et qui refuse de remettre en question la moindre option et puis celui qui a déjà étudié les options que vous lui proposez et qui argumente dessus. Celui-là vous coince et vous vous dites que c’est un bon. A l’inverse, les gens qui n’aiment pas se tromper, ou que les suggestions vexent, ne seront jamais de bons entrepreneurs.

Un entrepreneur doit se tromper, changer, être mobile, se réadapter…

« Je raconte souvent l’histoire de 1000 mercis. Le site a été créé par une femme qui m’a vendu un business plan à 5 Millions de Francs, sur une idée qui ne pouvait pas marcher. Elle s’en est rendu compte, elle a pivoté son modèle sur sa base et aujourd’hui elle est cotée en bourse et gère une boîte formidable. »

Peut-on croire à l’éducation ?

Simoncini y croit puisque, bien qu’il se définisse comme non expert, il a monté une école. Comme le secteur de la santé, celui de l’éducation finira par échapper à l’Etat. Celui-ci est « complètement largué », a-t-il dit au Président Hollande. La preuve, c’est qu’en informatique, ce sont les élèves qui enseignent aux professeurs.

Cela dit, ce n’est pas une mauvaise chose que l’Etat n’ait plus les moyens d’entretenir le Mammouth, car il faut se réinventer, pas continuer dans la même voie.

Innover, penser « out of the box », c’est là la spécialité de Simoncini, qui dit lui-même :

Il a investi 7 million d’euros, via le fonds Jaina Capital, dans Aztec, une jeune société française qui construit des dameuses à neige. Il a rencontré le maire du village dans lequel il a installé l’usine et l’a averti que c’était une toute petite entreprise avec seulement 15 emplois. « Il m’a alors corrigé : ‘’Non, m’a-t-il répondu, vous n’avez pas fait que créer 15 emplois, vous faites vivre 15 familles’’.

C’est aux politiques d’anticiper, mais peu d’entrepreneurs sont des politiques et encore moins de politiques sont entrepreneurs. La dernière campagne électorale l’a désespéré : ‘’salauds de riches, sales patrons’’… « Le discours s’est tout de même édulcoré devant la réalité, mais on vit au jour le jour, il faut être agile. »

La vieillesse comme nouveau commencement

Le secteur où il pourrait investir est celui de la dépendance : car une fois qu’on a trouvé le moyen d’allonger l’espérance de vie à plus de 100 ans grâce à la technologie, il faut améliorer les conditions d’existence et faire du business pour sauver la Sécurité Sociale avec des systèmes d’accompagnement et de protection des personnes âgées qui éviteront à certains la maison de retraite… Les perspectives sont illimitées.

Hier Marc Simoncini pensait à après-demain, aujourd’hui il vise l’Avenir avec un grand A.

CN.© FDC – Avril 2014

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